Retour sur le DNB de juin dans l’académie de Nantes (voir mes chroniques du 26/06/2006 : « L’Education nationale prépare les collégiens à la guerre » ; du 28/06/2006 : « Croire, obéir...et corriger ses copies »). Mes critiques sur l’épreuve d’éducation civique et l’ « esprit de défense » qu’elle cherche à promouvoir, mon opposition au barème officiel de correction et finalement le choix, assumé en toute conscience, de ne pas tenir compte d’un barème discriminatoire, contestable car sous-tendu par une forte idéologie partisane, contraire au principe officiellement proclamé de neutralité de l’enseignement : afin de ne pas pénaliser les candidats, j’attribue à chacun d’entre eux la note maximale (12/12) pour cette épreuve. D’une certaine façon, oui, j’ai désobéi.

La réponse de l’administration ne se fait pas attendre : quelques jours plus tard, je me vois infliger par l’Inspection académique un « rappel à l’ordre » officiel accompagné de la privation des indemnités de correction. Si la perte des indemnités ne me fait pas pleurer, j’ai tout lieu d’être inquiet du rappel à l’ordre, joint à mon dossier professionnel et, à ce titre, susceptible de faire problème pour une promotion future. Tout cela dans le grand silence de juillet, dans l’indifférence générale.

On se souvient qu’il y a deux mois, l’exclusion de Brighelli du jury de CAPES avait provoqué un cataclysme dans le petit monde éducatif : Brighelli présent partout sur les télés, les radios, dans les journaux, hurlant au martyr, dénonçant la mainmise des « khmers rouges » sur l’éducation. Brighelli relayé par sa suite de courtisans – je ne sais pas s’ils sont nombreux, mais en tout cas forts en gueule, bien organisés avec des entrées partout. A commencer rue de Grenelle : deux jours plus tard, Brighelli se voyait réintégré par de Robien en personne. Moi, j’attends toujours qu’on m’invite sur France 2...ou sur Radio Courtoisie et que de Robien se penche sur mon cas. Ce n’est pas la première fois que l’on observe que les contempteurs les plus virulents du système éducatif, sont également prompts à tirer profit, en terme de carrière personnelle, de la notoriété toute neuve que leur apporte leur contestation. Contestation d’ailleurs davantage de façade que réelle : ils se présentent comme des rebelles, on loue leur courage alors qu’ils ont surtout du talent, semble-t-il, pour caresser la haute administration et une partie de l’opinion publique dans le sens du poil. Faut-il vraiment de la témérité, de l’audace pour réclamer le retour de la méthode syllabique et des « bonnes vieilles méthodes », dénoncer la « baisse de niveau », hurler contre les sauvageons alors que cette thématique réactionnaire est devenue depuis plusieurs années le fond de commerce électoral de toute une classe politique, et qu’il suffit de la reprendre à son compte, de se glisser dedans pour trouver un éditeur complaisant, un journaliste ou un présentateur de télé, tous ignorants de la chose éducative mais tout heureux d'inviter Brighelli, Le Bris et consort, parce que la nostalgie en matière éducative, ça rapporte un max. En espèces sonnantes et trébuchantes comme en bulletins de vote.

Aujourd’hui, c’est moi et nul autre qui suis sanctionné. Je dédie cette chronique à l’un des intervenants sur Journal d’école qui, il y a quelques semaines, avait suggéré dans un commentaire, que j’étais de ceux « qui n’hésitent pas à coucher avec la hiérarchie pour obtenir une promotion »...