C’est à une bien  curieuse leçon de civisme qu’ont été soumis les collégiens de l’académie de Nantes, qui, aujourd’hui, passaient l’épreuve d’histoire-géo-éducation civique du Diplôme national du brevet. Sous le titre « la défense nationale et ses missions », plusieurs documents de propagande, émanant du ministère de la Défense, sont présentés aux élèves, sans que ces derniers puissent  échapper à l’idéologie qu’ils sous-tendent. « Quand la défense avance, la paix progresse », assène une affiche placardée un temps sur les murs et livrée sans distanciation, comme vérité indiscutable, sans possibilité de critique, à des jeunes de 14-15 ans. Est-on sûr que la paix progresse vraiment quand les parlementaires votent un budget militaire de 43 milliards  d’euros, alors que tant de besoins, tellement plus évidents, ne sont pas assurés ? Quand la France, second exportateur mondial d’armements, vend sa sinistre quincaillerie partout dans le monde, aux régimes les plus corrompus comme aux pays les plus pauvres, pour le seul intérêt du puissant lobby des marchands de missiles ? Quand elle continue d’entretenir et de développer une arme atomique qui prend en otage les populations innocentes ? Ou quand l’armée intervient brutalement contre des mouvements sociaux comme on vient de le voir dernièrement en Nouvelle-Calédonie ? Toutes ces interrogations, légitimes en démocratie, se voient interdire l’accès des établissements scolaires où, sur le sujet de la guerre, seule l’armée est autorisée à faire entendre sa voix. Le bourrage de crâne tient alors lieu de débat, la réflexion disparaît derrière la manipulation. Le rectorat d’académie, organisateur de cette épreuve semble ignorer, ou, à vrai dire, méprise superbement, les convictions, les sensibilités de familles qui cherchent à éduquer leurs enfants sur des valeurs de non-violence, de tolérance et de pacifisme. Les candidats au brevet seraient donc sanctionnés, punis pour avoir exprimé des opinions, une morale qui ne sont pas celles de l’administration académique ? Qu’est-ce donc que cette épreuve d’examen qui respecte aussi peu la plus élémentaire des libertés de conscience ?  On croyait, innocemment sans doute, que l’éducation civique avait pour fonction de former des citoyens éclairés, de développer le regard critique, d’aider à la construction d’un monde meilleur d’où la guerre et la violence seraient bannies. On se trompait : l’éducation civique en collège, ça sert, d’abord, à faire accepter sans réagir les guerres, celles d’aujourd’hui et de demain.